Le
sens d'un texte est, dans la perspective de son auteur, l'intention guidant la composition de ce texte, et, dans la perspective de son lecteur, le
contenu dégagé de ce texte par une interprétation.
Il est conçu comme parfaitement possible que le
sens, défini de cette manière, puisse être multiple ; que l'interprétation faite par un lecteur donne un
sens qui ne coïncide pas forcément avec celui donné par l'interprétation d'un autre lecteur, et que ces deux-là ne coïncident encore pas toujours avec l'intention de l'auteur. Cette conception n'est pas si naturelle, elle est une conquête de travaux linguistiques récents : Rastier (1987, en particulier chap. VIII), souligne que les philosophies du langage, depuis l'antiquité, n'admettent la possibilité de double lecture qu'en postulant un
sens premier et un
sens dérivé (allégorique, figuré). La théorie du
sens dérivé restait de toute façon conçue pour des cas particuliers, marginaux, et toute l'école de linguistique logique, par exemple, consacre encore ses efforts à ramener le
sens à la référence, c'est-à-dire à une substance objective, extra-linguistique, qui serait le seul véritable objet du langage. Le
sens s'oppose pourtant à la référence en ce qu'il est un objet linguistique, qui ne se confond pas avec sa dénotation : le flic et le policier, le maître d'Alexandre et l'élève de Platon, n'ont pas la même valeur, même s'ils peuvent désigner la même personne.
Du point de vue
sémiotique, le
sens, objet vivant, donné à un procès, s'oppose à la
signification, statique, immanente, et contenue dans le système : le texte a un
sens, mais les mots, dans le dictionnaire, n'ont qu'une
signification. Ici deux conceptions s'opposent : on peut considérer que l'usage de la
langue ne permet que d'additionner des significations, et considérer le
sens comme une construction donnée en plus, dans un contexte donné (on confie alors à une discipline annexe, la pragmatique, le rôle de décrire les faits de contexte qui expliquent les anaphores, les allusions, les désambiguïsations ...) ; ou considérer que le
sens est donné en premier, qu'il est le véritable objet de la
sémiotique, celui qui peut s'apprendre, se comprendre et se transmettre, et donner à la
signification un rôle second, explicatif et analytique, celui de
description et d'inventaire de ce qui est commun aux différents
sens que peut prendre un mot donné dans différents contextes. Cette seconde conception est naturellement adoptée par ceux qui considèrent que le texte est l'objet premier de la linguistique (Rastier) - ou, ici, de la
sémiotique.