La référence d'un mot, d'un syntagme est l'être ou l'état de choses que veut évoquer ce mot ou ce syntagme. Cette nuance doit sa formulation moderne à Frege (1892) (qui a distingué le
sens [Sinn] de la référence ou dénotation [Bedeutung]).
La référence pose le problème de l'ancrage de la
langue à la réalité, et plus généralement le problème du réalisme : c'est ainsi que la question de la calvitie du présent roi de France préoccupe exagérément les sémanticiens qui veulent fonder le
sens sur une théorie de la référence, en cherchant les « conditions de dénotation » de chaque mot. Eco, reprenant d'ailleurs cette question, répond à une intéressante objection (formulée intérieurement, ou par un interlocuteur resté anonyme) en disant que s'il désignait par « voici le roi de France » le président de la république française, il ne ferait pas autrement que s'il montrait un chien en disant « ceci est un
chat ». Les articles de journaux français attestent pourtant au contraire que « le roi de France » peut parfois effectivement référer au président de la république et être compris ainsi ; alors que pour d'autres personnes en d'autres contextes (il existe encore des royalistes sincères), la même expression peut faire référence à un héritier de l'ancienne dynastie capétienne. Il semble en réalité que la tâche de ramener tous les
sens à une fonction référentielle soit inépuisable.
Notons donc pour notre part les axiomes suivants : (a) un signe peut référer (à un objet réel ou pensé), et cette possibilité est capitale car elle fait de la
langue autre chose qu'un simple jeu : c'est grâce à elle que « le langage sort de lui-même ; la référence marque la transcendance du langage à lui-même » (Ricoeur, 1975, p. 97) ; mais (b) un signe ne doit pas forcément référer ; et surtout (c) la référence n'est pas le
sens ; le
sens est descriptible par la sémantique du système
sémiotique utilisé, la référence est une question extra-
sémiotique dont on peut discuter par ailleurs. Et pour ce qui est du
sens, il existe une différence entre « Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées » et « Je me
sens vieux et plutôt fatigué »