Si le langage désigne la faculté humaine générale de construire des messages en assemblant des signes, la
langue, elle, est un système particulier prescrivant les mots et leurs règles d'assemblage. On parle d'ailleurs toujours du langage, mais des langues3.
La
langue, selon la conception moderne introduite par Saussure, est donc une institution sociale. Elle constitue un système qui s'impose à ceux qui la parlent : chaque
langue définit les signifiants qui doivent être employés pour être identifiés comme éléments de ce système, les signifiés avec leur valeur par rapport aux autres, les règles de composition des mots et des syntagmes entre eux ... et si l'on sait que toutes les langues évoluent, tous ces éléments du système sont néanmoins prescrits, à une époque donnée (en synchronie) à celui qui veut s'en servir. La
langue, comme système, s'oppose ainsi à la parole, qui est l'usage, toujours individuel, qui en est fait.
Afin de pouvoir généraliser l'opposition saussurienne entre
langue et parole à des modalités non-linguistiques, nous substituons à ces termes les notions de
sémiotique générale de système de signes et de textes. Et nous définissons alors plus précisément la
langue comme un système de signes à double articulation, à espace syntagmatique extérieur unidimensionnel. Ces propriétés définitoires permettent à la
langue d'exprimer avec une grande économie de moyens tous les
sens concevables (cf. dans ce glossaire, article Articulation), de faire porter n'importe quel prédicat sur n'importe quel sujet, c'est-à-dire de manipuler le
sens à volonté. Le terme
langue est habituellement réservé aux systèmes de signes verbaux, traditionnellement appelés langage articulé, mais il nous semble tout à fait légitime de l'appliquer également aux autres systèmes de signes présentant les mêmes propriétés, en particulier la
langue des signes.