Au
sens strict, il y a intertextualité lorsqu'un texte réfère à un autre texte, en le citant, en le plagiant, en y faisant allusion ; « l'intertextualité est donc le mouvement par lequel un texte récrit un autre texte, et l'intertexte l'ensemble des textes qu'une oeuvre répercute » (Piégay-Gros, 1996, p. 7). L'étude de l'intertextualité se rattache ainsi classiquement à la poétique ou à la critique littéraire. La conception des systèmes de signes exposée ici autorise cependant à donner à l'intertextualité un rôle plus large, couvrant un continuum qui va de la réutilisation de lexies plus ou moins complexes à la copie intégrale (celle de Pierre Ménard auteur du Quichotte de Borges), en passant par l'utilisation de proverbes et de dictons, et par la composition de poèmes à partir d'extraits de procédures judiciaires (comme dans Testimony : The United States 1885-1915, de Reznikoff).
Laissons à ce propos la parole à Barthes : « Le texte redistribue la
langue (il est le champ de cette redistribution). L'une des voies de cette déconstruction-reconstruction est de permuter des textes, des lambeaux de textes qui ont existé ou existent autour du texte considéré, et finalement en lui : tout texte est un intertexte ; d'autres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables : les textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ; tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. » (Barthes, 1968).
Dans cette vision, l'intertextualité est d'une certaine manière le principe dynamique fondamental de toute
sémiotique, celui qui permet de dire des choses neuves avec des éléments anciens. Chaque lecteur, confronté à un nouveau texte, convoque son propre contexte de lecture intertextuel (l'anagnose selon Thlivitis [1998]) afin de créer le
sens. Soulignons enfin que si l'on parle le plus souvent d'intertextualité à propos de la
langue, rien n'interdit d'envisager des formes d'intertextualité dans d'autres sémiotiques, ou transsémiotiques.