Testez
maintenant vos connaissances en SEO, moteurs de recherche
et en référencement
Et ce ne sont pas les études comparatives avec les mastodontes encylopédiques sur papier qui dissiperont les doutes car le plus souvent, ces études prêtent elles-mêmes à controverse.
Passons sur la faveur (euphémisme, bien sûr) dont jouit Wikipédia dans le référencement des moteurs de recherche (Google, Yahoo
). Toujours en première page, presque toujours dans le peloton de tête, et lon sait quune majorité de lecteurs ne va pas au-delà. Reconnaissons de bonne foi que le contenu est riche, dense, séduisant et parfois surprenant. Pourtant, il nest pas antidérapant.
Cest le principe de Wikipédia qui demeure toujours aussi discutable, cette idée bien dans lair du temps que, au fond, tout le monde est encyclopédiste puisque tout le monde est déjà journaliste, cinéaste, critique dart, critique littéraire, critique de cinéma, critique gastronomique, photographe etc.
Voudrait-on nous faire croire que Wikipédia est à lUniversalis ou la Britannica ce que la démocratie dopinion est à la démocratie représentative que lon ne sy prendrait pas autrement. On ne nous a pas encore fait le coup de lencyclopédie citoyenne mais, au train où va la démagogie qui sous-tend cet état desprit, ça ne devrait pas tarder.
Sur ce site donc, nimporte qui peut intervenir dès lors quil se sent expert en quelque chose, qualité quil se délivre de sa propre autorité. Sur Wikipédia, les spécialistes ne sautorisent que deux-mêmes. Un comité de vrais experts est bien sûr là qui veille là-haut (on na pas totalement renoncé à la verticalité de la décision) afin déviter dommage collatéral.
Nempêche quil y en a régulièrement.
Aux Etats-Unis, un homme public a vu ainsi sa biographie agrémenté dun long passage à la CIA ce qui la fait plutôt réagir. En France même, certains spécialistes de lautopromotion (artistes ou autres) ont lhabileté de se consacrer ou de se faire consacrer une notice longue et avantageuse hors de proportion avec leur importance.
Mais cest à la rubrique Histoire que le phénomène est le plus sensible.
Un exemple récent parmi dautres : larticle consacré à laffaire Dreyfus.
Il y a quelques mois, layant pianoté sur son clavier, François Gèze, le patron des éditions La Découverte, a eu la surprise de découvrir dans la bibliographie une liste dune vingtaine de livres dont le premier était celui dHenri Dutrait-Crozon Préçis de lAffaire Dreyfus, édition de 1938 ; de surcroit, il était assorti du commentaire Ouvrage fondamental à consulter en priorité.
Or dans son dictionnaire de référence sur laffaire Dreyfus (Flammarion 1994, nouvelle édition 2006), Michel Drouin nous rappelle que sous ce pseudonyme écrivaient deux officiers du nom de Frédéric Delebecque et Georges Larpent. Il précise :Louvrage accumule citations et références, et offre lapparence de toutes les garanties scientifiques, à lexception de la vérité. La culpabilité de Dreyfus est un dogme (On ne nous a opposés que des cris) et la version de lécole nationaliste doit être transmise de génération en génération.
La page de garde dit bien lambition du duo : Scribantur haec in generatione altera autrement dit On écrira ceci pour lâge à venir.
Pour Michel Drouin, il ne fait guère de doute que ce livre, publié pour la première fois en 1909 et maintes fois réédité depuis, fut considéré comme un évangile par une génération de nationalistes.
Charles Maurras et Léon Daudet notamment y firent abondamment référence. Cest donc ce Préçis de lAffaire Dreyfus, évidemment étranger à toutes les recherches menées par les historiens entre temps, qui reste la bible de laffaire un siècle après sa parution, du moins aux yeux des wikipédiens.
Si encore il sagissait dun témoignage dépoque, cité comme tel avec les précautions dusage et relégué en fin de bibliographie, on pourrait comprendre ; or cest tout le contraire.
Alerté, Daniel Garcia y fit écho sur son blog de LivresHebdo. Ce qui néchappa point à la vigilance de Wikipédia.
En toute logique, on aurait pu penser quils en tiendraient compte en supprimant une telle référence. Or, non seulement elle figure toujours dans leur bibliographie, mais elle y est toujours en tête, donc bien avant les travaux récents dhistoriens incontestables.
Seule la mention entre parenthèses a été modifié. On lit désormais :Ouvrage controversé. De la litote comme lun des beaux-arts
Si une telle bibliographie participative de lencyclopédie dite libre prétend ouvrir le compas de la tolérance, que ne cite-t-elle également les ouvrages dAndré Figueras, dHenry Coston et dautres encore, pas moins doués de la plume que Dutrait-Crozon, tous également convaincus de la culpabilité dAlfred Dreyfus ?
Voilà qui promettrait de beaux jours à nos étudiants en histoire adeptes du copier-coller, et des séances de corrections édifiantes à leurs professeurs.
A quoi bon un comité de professionnels de la profession chargé de superviser les amateurs, si les experts des experts ne sont pas plus capables de hiérarchiser linformation ?